Deux innocents en Irlande — Des bénéfices du travail de terrain

En entrevue radiophonique, en direct d’Irlande, l’animateur me demande: « c’est vraiment utile, d’être sur place, pour discuter de choses comme le Brexit? ».

À l’ère d’internet, la question, avouons-le, est légitime. Que puis-je trouver de supplémentaire, ici, que sur le Web? L’info ne voyage-t-elle pas à toute vitesse depuis, a fortiori, les médias sociaux?

L’avantage du terrain réside, en fait, en ceci: constater, voire sentir, les événements par soi-même. Nous avions vécu essentiellement la même chose en Écosse. Discuter, ici et là, avec les autochtones. Voir la vibe. Se faire raconter, de temps à autres, une petite anecdote juteuse. Échanger, même rapidement, sur des situations similaires.

Me souviens justement cette fois, dans un bar à scotch d’Édimbourg, où un chansonnier envoûtait la foule de maints classiques du répertoire de type terroir. Un genre de Plume Latraverse, ou fût-ce Charlebois?, version tartan. À la fin de son spectacle, je passe le saluer brièvement. Me demande d’où je viens. Du Québec. Et le bougre de m’engueuler pour nos deux défaites référendaires. Manque de couilles, me dit-il. Merci, monsieur. Sauf qu’en 1980, j’avais trois ans. Un peu jeune, pour voter. Et en 1995, je ne comptais, tout de même, que pour un seul vote. Y a des limites à avoir le dos large…

La petite histoire m’avait néanmoins fait réaliser les similitudes, fortes, entre les deux mouvements nationalistes. La volonté d’ancrer son histoire et culture respective dans un régime politique indépendant.

Même chose, maintenant, depuis le présent voyage : Londres, Cambridge, Cork et Dublin. Se déroulent devant moi des scènes de films. Une avancée subreptice à même les us et coutumes locaux. Voir les gens interagir, ou réagir tout court.

J’expliquais, dans mon premier blogue, diverses réactions au Brexit. Celles-ci confirment, à mon sens, une claire trame de fond. Celle qui fait du discours anti-élite la nouvelle panacée des démagogues. Avec succès. Trump, bien sûr. Mais aussi les résultats épeurants en Autriche, où l’extrême-droite est passée à un cheveu de prendre le pouvoir. Le Front national de Le Pen devrait aussi tirer son épingle du jeu. Au Québec, un fier-à-bras vient jouer dans les talles populistes de la CAQ et du PQ.

Cette trame de fond s’observe non seulement dans les journaux, mais bien sur place. Et elle a de quoi inquiéter. Car il faudra lui répondre. Provoquer un meilleur dialogue. Parce qu’une tonne de gens, visiblement, se sentent exclus du discours politique actuel. Les intellectuels devront réagir. Sortir de leur tour d’ivoire souvent universitaire. Rencontrer le citoyen, celui qui n’a pu se permettre les diplômes. S’assurer de connaître la réalité de l’un et l’autre. En parcourant le terrain. Pour notre plus grand plaisir, d’ailleurs.

 

Ce contenu a été mis à jour le 20 décembre 2016 à 21 h 10 min.

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